Le 1er janvier 2030 est une date que beaucoup de propriétaires des Montagnes neuchâteloises et du Val-de-Travers découvrent trop tard. Ce jour-là, les chauffages électriques fixes à résistance ne seront plus admis pour chauffer un bâtiment dans le canton. Ce guide dit exactement ce que ça recouvre, ce que ça ne recouvre pas, et ce qu’il est raisonnable de faire maintenant plutôt qu’en 2029.
Ce que dit exactement la loi
La loi cantonale sur l’énergie est courte et directe sur ce point. Les chauffages électriques fixes à résistance destinés au chauffage des bâtiments sont interdits dès le 1er janvier 2030 (art. 54 al. 1 LCEn). Le règlement d’exécution ajoute l’obligation qui vous concerne personnellement : les propriétaires de bâtiments chauffés à l’électricité doivent avoir remplacé leur installation au plus tard à cette date (art. 46 al. 2 RELCEn).
Deux mots méritent d’être traduits en langage courant.
- Fixe : l’appareil fait partie du bâtiment. Il est encastré, câblé, raccordé à demeure. Un radiateur qu’on déplace de pièce en pièce n’est pas fixe.
- À résistance : l’appareil transforme directement le courant en chaleur, par un fil qui chauffe. C’est le principe du grille-pain. Une pompe à chaleur, elle, ne fabrique pas la chaleur avec du courant : elle en prélève dans l’air ou dans le sol et se sert du courant pour la déplacer. Ce n’est pas du tout la même famille d’appareils, et la loi ne les traite pas de la même manière.
La loi ne se contente pas de fixer une échéance. Elle interdit aussi, dès aujourd’hui, de monter de nouveaux chauffages électriques fixes à résistance, que ce soit en chauffage principal ou en complément (art. 54 al. 2 LCEn). Et elle interdit de remplacer un chauffage électrique à résistance qui alimente une distribution par eau — une chaudière électrique reliée à des radiateurs — par un autre chauffage électrique à résistance (art. 54 al. 3 LCEn). Autrement dit : la porte du remplacement à l’identique est déjà fermée.
Faut-il espérer un report ?
C’est la première question que tout le monde pose. La réponse honnête est non, en tout cas pas dans le texte en vigueur. Les dispositions transitoires de la loi (art. 80 LCEn) organisent plusieurs régimes particuliers — projets déjà déposés, plans communaux, certains équipements — mais aucun de leurs cinq alinéas ne vise l’échéance de 2030. Il n’y a pas de sursis écrit quelque part qu’il faudrait savoir invoquer.
Nous n’écrirons rien non plus sur d’éventuelles révisions futures de la loi. Tant qu’un texte n’est pas publié au recueil systématique du canton, il n’existe pas pour votre décision de propriétaire. Ce qui existe aujourd’hui, c’est l’échéance de 2030.
Un signe que cette date est prise au sérieux localement : le plan communal des énergies de la commune de Val-de-Travers, dans son volet énergie de septembre 2024, rappelle lui-même que « les chauffages électriques fixes à résistance pour le chauffage devront être assainis d’ici le 1er janvier 2030 ». Ce n’est pas une lecture d’avocat : c’est votre propre commune qui l’écrit dans son document de planification.
Non, l’électricité n’est pas bannie de votre maison
C’est le point de réassurance le plus important, et il est rarement expliqué correctement. Trois choses restent parfaitement admises.
Les sèche-serviettes électriques. Le règlement les nomme expressément comme exception à l’interdiction de montage (art. 45 al. 2 RELCEn).
Les radiateurs mobiles, à la double condition qu’ils soient équipés d’un thermostat d’ambiance et d’une horloge (même article). Les deux, pas l’un ou l’autre.
La résistance électrique de secours d’une pompe à chaleur. C’est le point capital pour nos altitudes. Le règlement admet le chauffage électrique de secours pour les pompes à chaleur lorsque ce chauffage ne fonctionne qu’en dessous de la température extérieure qui a servi à dimensionner l’installation (art. 45 al. 3 let. a RELCEn). Traduit : une pompe à chaleur air-eau munie d’une petite résistance qui ne se réveille que par temps exceptionnellement froid reste licite après 2030. Ce n’est pas une tolérance officieuse, c’est écrit dans le règlement.
Attention au vocabulaire, parce qu’il est piégeux. La loi interdit le chauffage électrique fixe à résistance en « appoint » et admet le chauffage « de secours » d’une pompe à chaleur. Si un devis vous propose un « appoint électrique », demandez qu’il soit reformulé et surtout qu’on vous décrive sa logique d’enclenchement. Le mot juste, ici, dit le régime juridique.
Le chauffe-eau électrique, l’angle mort
Un second article passe presque toujours inaperçu. Les chauffe-eau centralisés existants qui fonctionnent exclusivement à l’électricité, dans les bâtiments d’habitation, doivent être remplacés ou complétés d’ici au 1er janvier 2030 également (art. 55 LCEn). Beaucoup de maisons des Montagnes ont un chauffage au mazout parfaitement en règle… et un boiler électrique qui, lui, ne l’est pas au regard de cette échéance.
La bonne nouvelle est qu’une pompe à chaleur qui produit aussi l’eau chaude, ou un chauffe-eau thermodynamique, règle les deux sujets en une seule intervention. Nous détaillons ce second cas sur la page chauffe-eau thermodynamique.
Par quoi remplacer, concrètement
Le canton ne vous impose pas une technologie. Il fixe une exigence de résultat au moment où vous remplacez votre production de chaleur : une part d’énergie renouvelable de plus de 20 % des besoins thermiques (art. 37 al. 1 let. a RELCEn). Et il publie une liste — l’annexe 7 — de solutions qui satisfont automatiquement cette exigence. La pompe à chaleur électrique, tous types confondus, y figure nommément pour le chauffage et l’eau chaude toute l’année.
Votre situation de départ compte beaucoup :
- Radiateurs électriques dans chaque pièce, sans circuit d’eau. C’est le cas le plus lourd, parce qu’il n’y a rien à raccorder. Il faut créer une distribution — radiateurs à eau ou plancher chauffant — ou envisager un système air-air. Le chantier se planifie, il ne s’improvise pas six mois avant l’échéance.
- Chaudière électrique reliée à des radiateurs à eau. Beaucoup plus simple : la distribution existe déjà. On remplace le générateur, on vérifie les émetteurs, et on travaille la température de départ du circuit.
- Chauffage électrique en appoint d’un poêle à bois. Cas fréquent dans les fermes du Haut-Jura. La combinaison bois et pompe à chaleur est admise et reste finançable, ce qui n’est pas le cas d’une combinaison avec une énergie fossile.
Pourquoi ne pas attendre 2029
Trois raisons très terre à terre.
D’abord, un remplacement de chauffage électrique par une pompe à chaleur n’est pas un échange d’appareil : c’est un projet avec un permis, un dossier de subvention, un délai de livraison et une saison de pose. Ensuite, une demande de subvention doit être déposée avant le début des travaux — c’est une règle absolue du Programme Bâtiments, et elle ne souffre pas d’exception rétroactive. Enfin, une échéance légale qui approche crée un appel d’air : plus la date se rapproche, plus les carnets de commande des installateurs se remplissent et plus vous perdez de marge de négociation.
Les trois premières choses à faire
- Faire l’inventaire honnête de ce que vous avez. Chauffage fixe ou mobile ? Résistance directe ou pompe à chaleur ? Chauffe-eau électrique séparé ? Ces trois réponses déterminent tout le reste.
- Vérifier si un réseau de chaleur dessert votre rue avant de choisir une machine. À La Chaux-de-Fonds et au Locle, la question se pose vraiment ; nous l’avons traitée dans pompe à chaleur ou chauffage à distance.
- Faire calculer la puissance nécessaire chez vous, pas d’après un abaque national. Dans les Montagnes et dans les combes du Haut-Jura, ce calcul n’a rien d’une formalité : voir dimensionner une pompe à chaleur en altitude.
Si vous voulez une lecture de votre cas plutôt qu’un guide général, notre page remplacement d’un chauffage électrique décrit le déroulement complet, et la foire aux questions répond aux points de détail. Les démarches passent par votre commune : à La Chaux-de-Fonds comme dans la commune de Val-de-Travers, c’est le Conseil communal qui délivre le permis de construire.